LE CERF-VOLISTE
:
Les débuts
C’est
pendant la vingtaine d’années qui suit le retour,
vers 1900, de Paris à Canesse que Marc Pujo pratique
activement le cerf-volant. Il se procure le livre de Joseph
Lecornu « Les cerfs-volants » édité
en 1902 et entreprend la construction du multicellulaire oblique
qu’avait inventé l’auteur. Marc Pujo taille
et coud lui-même le tissu ce qui à l’époque
n’allait pas de soi, les travaux d’aiguille étaient
alors réservés (délaissés ?) aux
femmes. La couture occupe alors une place très grande
dans l’enseignement des femmes et elles y excellent
en conséquence bien plus que les hommes. Les difficultés
de construction rencontrées incitent Pujo à
entreprendre une correspondance avec Lecornu pour se faire
préciser les détails de fabrication. Le cerf-volant
enfin terminé, le vol de l’appareil n’est
pas très satisfaisant. Cependant, Marc Pujo s’émerveille
: "Malgré tout, j’aime ce planeur. Sa forme
aplatie en losange me plaît infiniment et c’est
elle que j’ai choisie, bien qu’elle soit plus
difficile à équilibrer que la forme carrée.
Je le lance encore parfois, les soirs d’été,
alors que les courants aériens sont devenus d’une
régularité parfaite et je m’amuse à
le contempler. Sa grâce est incomparable. On dirait,
éclairé par les rayons du soleil couchant, un
papillon aux écailles d’or, épinglé
sur le ciel bleu. Ses petites cellules bruissent délicieusement
et charment l’oreille de leur aimable musique. Il n’est
pas jusqu’au fil de retenue qui , par sa douce traction
n’évoque le souvenir d’une petite main
amie attirant une autre grosse main et une voix limpide qui
murmure : »Viens là-haut, père ! »
C’est la vision d’un enfant bien-aimé,
que vous avez perdu peut-être et qui vous appelle…
Il y a tout cela dans la traction du fil, le bruissement des
cellules, et les écailles d’or du multicellulaire
de M. Lecornu. C’est un cerf-volant d’artiste
et de poète… "
Cette
émotion artistique face à des objets techniques
se développe à cette époque et les plus
grands peintres peignent des ponts métalliques, des
gares et des trains. Proust décrit ainsi ses sensations
lorsqu’il aperçoit un avion : "Je fus aussi
ému que pouvait l’être un Grec qui voyait
pour la première fois un demi-dieu. Je pleurais aussi
car j’étais prêt à pleurer du moment
que j’avais reconnu que le bruit venait d’au-dessus
de ma tête à la pensée que ce que j’allais
voir pour la première fois c’était un
aéroplane." (Sodome et Gomorrhe II, chapitre 3).
Enchanté de ses premiers essais, Marc Pujo entreprend
de se documenter aux meilleures sources. Il lit la presse
aéronautique française, mais également
américaine et anglaise. Il s’informe sur les
cerfs-volants météorologiques utilisés
aux USA. Il va en Angleterre et photographie les cerfs-volants
pour ascensions humaines de Cody et de Baden-Powell.
Le milieu
En France également, comme il l’a fait avec Lecornu,
Marc Pujo entre en relation avec des notables du cerf-volant.
Ce sont pour la plupart des hommes qui socialement, professionnellement
ou intellectuellement sont proches de lui. Il rencontre ainsi
Emile Wenz (négociant en laine à Reims), Saconney
(militaire polytechnicien), Picavet (ingénieur lillois),
Damas (avocat bordelais). Tous ces hommes ont en commun d’associer
le cerf-volant à la photographie aérienne.
A la fin de 1911, Wenz, toujours en voyage pour son négoce
de laine, rencontre à Bordeaux Damas et Pujo. Rendant
compte de cette visite à Batut, il écrit : "J’ai
passé très agréablement quelques heures
à Bordeaux avec M. Damas et Pujo. Le dernier est un
propriétaire de vignes qui a du temps et de l’espace
pour faire des expériences. Licencié en sciences,
il aime beaucoup travailler à construire lui-même.
Aussi a-t-il fait à M. Damas un bijou de chambre 9
x 12. Il s’est fait une chambre 13 x 18 sur le même
principe qui donne de superbes épreuves."
D’autres cerfs-volistes que ne rencontrera pas Marc
Pujo sont dans une situation équivalente, A. Batut
( propriétaire terrien qui a inventé la photo
par cerf-volant) et René Desclée (bourgeois
de Tournai).
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