Mathieu DUTIHL
. Les débuts
. Le cv de Franklin
. Jacques de Romas
. De Romas : mémoire
. De Romas : le treuil
. Le cv de Dutihl
Formes et dimensions
. Construction
. De Romas : la fin
 
 
ASSMANN
CODY
FRANTZEN
GEORGE
LECORNU
PANTENIER
PICAVET
PUJO
SACONNEY
LIENS
 

Mathieu DUTIHL et son cerf-volant

De Romas a confié la construction du cerf-volant en juillet 1752 à « plusieurs Messieurs non moins intelligents qu'adroits». C'est une définition satisfaisante des cerfs-volistes. Il s'agissait des frères Dutihl, Jacques et particulièrement Mathieu, gentilshommes périgourdins.
Figuier dans "Les merveilles de la science" donnait la biographie suivante de notre cerf-voliste:
"Mathieu Dutilh, seigneur et baron de la Tuque, né à Nérac en 1715, était, à 25 ans, avocat au parlement de Bordeaux. Ses relations avec Romas commencèrent en 1740 et continuèrent, sans interruption, jusqu'à la mort de ce dernier.
Ces deux personnages travaillèrent avec la même ardeur aux belles expériences de physique que nous avons à raconter. C'est au château de la Tuque, qui appartenait à Mathieu Dutilh, qu'eut lieu le 14 mai 1753, la première expérience sur l'électricité atmosphérique. Les frères Dutilh et Romas assistaient seuls à cette expérience, qui fut répétée publiquement, le 7 juin de la même année, sur les allées qui entourent la ville de Nérac.
En 1760, Mathieu Dutilh fut appelé au gouvernement du duché d'Albret et du comté de Bas-Armagnac, avec le titre d'intendant général et commissaire député de S.A.S Godefroy de Bouillon, duc souverain de l'Albret. Il mourut aveugle en 1791.
Ses travaux sur le droit coutumier des provinces du midi de la France, lui avaient acquis une grande célébrité. Aussi ses collègues du parlement de Bordeaux, le désignaient-ils sous ce titre: l'aveugle clairvoyant."

Histoire d'un cerf-volant

Mathieu n'a pas inventé la forme du cerf-volant, il a adapté un jouet à sa nouvelle fonction scientifique. Il y avait alors peu de formes possibles. Tous les cerfs-volants étaient plans, sans dièdre et à queue. Vraisemblablement les formes les plus courantes étaient constituées d'un longeron vertical et d'une double vergue en forme d'ellipse (cerf-volant cœur) ou d'une vergue en forme de demi~cercle (cerf-volant poire) ou finalement d'un simple bâton droit (cerf-volant diamant). Ce dernier cerf-volant est celui de Franklin lorsque la vergue a la même longueur que le longeron.

Les formes seraient (c'est une hypothèse) parues dans cet ordre et avec une construction de plus en plus simple. La disparition s'est faite naturellement dans le même ordre. Il ne reste aujourd'hui que le dernier né, le cerf-volant diamant.

Le cerf-volant des frères Dutihl, appelé parfois cœur, conserve encore vaguement la forme animale qu'avaient ses ancêtres orientaux. Il lui en reste au début du XXe siècle les désignations suivantes:
- la tête pour le triangle supérieur - les oreilles pour les pompons latéraux - l'épine pour le longeron, - la queue que nous désignons encore de ce nom.

L'étymologie du mot cerf-volant proviendrait d'ailleurs de l'altération de l'expression serpent-volant (dictionnaire historique de la langue française Robert 1992). D'autres langues continuent à appeler le cerf-volant « dragon ».

Le cerf-volant de Dutihl, banal au XVIIIe siècle, est disparu avant 1914 et a fait quelques très rares réapparitions jusque vers 1960. On ne le voit plus jamais de nos jours.

Certainement le cerf-volant était très peu pratiqué du temps de Louis XV en France. Le pays était peu peuplé et par une population misérable dont même la survie était incertaine. La même année, 1753, que celle des essais de de Romas, le marquis d'Argenson relate que 800 personnes meurent de faim et de froid en un mois d'hiver dans le seul faubourg Saint-Antoine à Paris. Dans cette population couramment affamée, une pelote de ficelle et du papier étaient des articles de luxe. La rareté du cerf-volant est attestée par l'apparition très tardive du mot pour le désigner (1669 selon le Robert). Autrement dit, il est douteux que le grand-père des Dutihl ait disposé d'un mot pour désigner le cerf-volant, à supposer qu'il l'ait connu.